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Education: La tablette fait sont entrée dans certains collèges en France

Une classe numérique
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Des tablettes équiperont à la rentrée de la 6e et la 4e, dix collèges de Saône-et-Loire. Un dispositif déjà testé depuis un an dans deux établissements du département.

Avantages ? Ce nouvel équipement, un objet de moins de 900 grammes capable de stocker les manuels sous forme de logiciels éducatifs, allège le poids du sac à dos de celui des quatre ou cinq habituels. Par ailleurs, il crée des interactions nouvelles entre élèves et professeurs. Une petite révolution, qu’on compare volontiers à l’introduction des calculatrices en milieu scolaire, dans les années 70.

La bataille pégagogique

Raphaelle Signoret, professeur d’histoire-géographie au collège Condorcet à La Chapelle-de-Guinchay, a été l’une des premières à utiliser la TED dans sa classe de 6e3. Et s’est laissée séduire : « Les élèves sont beaucoup plus autonomes avec les tablettes, qui possèdent un logiciel d’auto-correction. En un mouvement, ils peuvent voir les réponses de leurs exercices sans avoir à me solliciter ».

Surtout, le professeur peut accéder directement à leur « ardoise électronique », via un logiciel installé sur son ordinateur. « Une mosaïque de toutes les tablettes allumées s’affiche sur mon écran », explique-t-elle. « D’un clic, je peux agrandir l’icône d’une TED utilisée par un élève, et interagir directement avec elle : transférer des textes à trous, des exercices à choix multiples… c’est très varié ».

Dans le collège Jean-Vilar, à Chalon-sur-Saône, une autre fonctionnalité a été testée : « Un dispositif vidéo projette quatre écrans de tablettes au tableau, qui retransmettent quatre exercices effectués en direct », explique Guillaume Le Lion, délégué académique de Dijon au numérique. « Le reste de la classe réagit en fonction des erreurs commises et des solutions proposées par les collégiens au travail. C’est assez nouveau et stimulant pour les enfants ! « Une « bataille pédagogique » numérique en quelque sorte, où les tentatives des uns nourrissent les propositions des autres.

Sur sa TED jusqu’à 23 heures

La tablette TED

La tablette TED


Toutes les critiques semblent avoir été anticipées
Exemple : le risque, pour certains, d’addiction à l’écran. Après les cours, les collégiens de Condorcet peuvent emporter la tablette chez eux et continuer à s’exercer. Or certains sont tentés d’y retourner la tête sur l’oreiller… « On peut voir à quel moment les enfants se connectent à leur TED, depuis l’ordinateur de la classe. Quand j’ai vu qu’un collégien l’avait utilisé vers 23 heures, je lui ai dit le lendemain qu’il était inutile de s’en servir trop tard le soir », indique Raphaëlle Signoret. « Cette fonctionnalité permet d’avoir un suivi personnalisé des élèves ».

Autre critique, le risque d’exposition aux ondes.
En l’occurrence, l’enseignant a la possibilité de couper ou d’allumer l’accès à Internet quand il le souhaite. Un moyen de limiter l’exposition, et la déconcentration des collégiens qui seraient tentés de surfer sur le web au lieu de suivre le cours. « Pour moi, la TED est davantage un outil de travail, qu’un outil ludique », avance Raphaëlle Signoret.

L’enseignante a constaté des progrès, surtout de la part des élèves en difficulté, beaucoup plus motivés, qui font davantage d’exercices. Mais elle préfère ne pas tirer de conclusions hâtives sur l’efficacité de ce nouvel outil. « Est-ce que c’est parce que c’est nouveau, ou parce que le système marche vraiment ? Pour le moment, je n’ai pas assez de recul pour trancher », conclut-elle.

Zéro euro pour les parents

Pour l’heure, l’expérience tablette en milieu scolaire est encore circonscrite aux académies dijonnaise, bordelaise et grenobloise. Courant 2015, les dispositifs seront comparés et pourraient être étendus à l’ensemble du territoire, si toutes les conditions sont réunies. Les professeurs se sont-ils familiarisés avec ce nouvel outil ? Les élèves ont-ils réellement progressé ? Et surtout : ce système comporte-t-il des risques sanitaires, notamment pour les yeux et le cerveau ?

Des inquiétudes balayées par la rectrice de Dijon, Stéphanie Bourgeot : « Des expériences similaires ont déjà été menées dans les pays nordiques, sans qu’aucun trouble ne soit détecté. La France doit avant tout rattraper son retard en matière numérique ! « Au Danemark, certains établissements sont entièrement équipés en tablettes depuis 2010. L’usage d’outils numériques en tant que support ou sujet d’étude est même devenu obligatoire.

Guillaume Le Lion, expert 2.0 de l’académie dijonnaise, est du même avis que la rectrice : « Le conseil général a investi 6,5 millions d’euros avec ses partenaires. A l’arrivée, c’est zéro euro à dépenser pour les parents. On mise vraiment sur cette technologie pour améliorer les contenus pédagogiques ».

Une stratégie assumée au plus haut niveau de l’Etat. Dans une conférence de presse de rentrée, au cours de laquelle il détaillait les nouveautés du cru 2013, le ministre de l’Education nationale, Vincent Peillon, a rappelé sa volonté « de réaliser la transition de l’école vers plus de numérique ». En janvier 2014, cinq nouveaux collèges de Saône-et-Loire seront équipés en TED. Soit 3.000 tablettes mises à la disposition des élèves.

Adrian de San Isidoro – Le Nouvel Observateur

La TED, la tablette tout-terrain
Les tablettes TED s’inspirent largement des modèles Qooq, conçus pour être utilisés en cuisine. Ecrans et clavier waterproof, connectique protégée : la TED résiste à l’humidité et à la chaleur. « Elle est aussi un peu plus lourde qu’une tablette classique type IPad, ça lui permet de mieux supporter les chocs », détaille Guillaume Le Lion, expert numérique à l’académie de Dijon. « Un matériel solide était l’une des conditions nécessaires à remplir pour diffuser les tablettes à grande échelle. En un an, sur deux classes de 6e, on a eu aucune casse ». Ces tablettes destinées uniquement à usage scolaire sont estampillées « made in France » : elles sortent de l’entreprise Eolane, à Montceau-les-Mines, en Bourgogne. Elles disposent de 16 gigas de mémoire et de trois heures d’autonomie. Chaque machine embarque une dizaine de manuels et au moins deux dictionnaires. Des ouvrages Bordas et Nathan pour l’expérience bourguignone, qui repose sur un partenariat avec le diffuseur Editis. [A.S.I.]

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