Éducation & Savoir

Colonies de vacances :
les enfants ne sont plus les mêmes qu’avant

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Depuis leurs débuts, dans les années 1880, les colonies de vacances auraient accueilli plus de soixante millions d’enfants. Mais, entre les premières colos et les camps de loisirs d’aujourd’hui, le monde et les enfants ne sont plus les mêmes.

« On capte Internet ici ? », demande Soufiane, 9 ans, brandissant son téléphone portable. Le jeune garçon est assis à côté du secrétariat du centre Marceau, à Batz-sur-Mer (Loire-Atlantique). « Mes parents me l’ont acheté pour la colo », explique-t-il avant que l’animatrice ne vienne récupérer l’objet pour le mettre en sécurité.

La colo a beau être un monde à part, elle ne résiste pas à l’invasion des nouvelles technologies. Certains ados, comme Manon, 15 ans, ont toujours besoin d’être connectés avec le monde extérieur. « Mais la plupart décrochent d’eux-mêmes après quelques jours », assurent les moniteurs. Une demi-douzaine de fers à lisser les cheveux se baladent aussi dans les tentes. « On sait qu’on ne va pas les utiliser tout le temps », expliquent Léna et Camille, 16 ans. « Mais il vaut mieux pouvoir se pomponner pour la boom, hein ! », charrie un camarade.

Finies les guitares au coin du feu, place aux sonos et aux titres en vogue ! Soufiane a déjà prévu d’être DJ avec ses copains. « Je vais mettre du rap », lance-t-il.

Du côté des organisateurs, on tâtonne sur Internet. « Quelques blogs pilotes de colos ont été lancés, raconte Ahcène Yazid, directeur du centre. Nous, on a gardé la messagerie vocale mais d’ici à deux ans, on n’aura plus le choix. » Les parents veulent de plus en plus de nouvelles.

« On réduit la durée des séjours »

Difficile à imaginer aux débuts des colos, comme le raconte Laura Lee Downs dans Histoire des colonies de vacances (1). À la fin des années 1880, on les envisage comme « une cure d’air préventive » dans des familles paysannes, pour les citadins les moins favorisés. Puis, après la Première Guerre mondiale, les enfants se retrouvent dans un même lieu pendant plusieurs semaines.

Au fil du temps, l’amusement prend une place importante et les séjours se structurent autour de multiples activités. Désormais, on trouve des colonies estampillées Harry Potter, Rock, Sioux, etc. Sans compter les séjours à l’étranger.

Mais ces activités, coûteuses, augmentent le prix des séjours, « et la nouvelle réforme sur le temps de repos des animateurs nous oblige à embaucher plus. Donc plus de frais », regrette Ahcène Yazid. Aujourd’hui, bien que certains camps ne dépassent pas les 500 €, on peut monter jusqu’à 3 800 €. Les enfants désertent. D’après les statistiques du Haut-Commissaire à la jeunesse, les colos ont perdu plus de 200 000 participants annuels, en dix ans. « Pour compenser, on réduit la durée des séjours. Certains durent trois jours », regrette Benoît Fontaine, responsable à la Ligue de l’enseignement.

Soufiane, lui, a pu partir trois semaines à Batz, bénéficiant de tarifs avantageux grâce au comité d’entreprise de ses parents. En cette belle matinée d’août, son groupe passe un moment à la plage, sans y rester la journée. Les parents ont payé cher pour des cours de voile et d’équitation. Il faut respecter leurs attentes sans oublier que les enfants sont en vacances.

« Tout le monde prend sa casquette », crie Sonia, l’animatrice, devant les chambres des 6-11 ans. Pas son maillot. Pas encore… Pour avoir le droit de se baigner, il faut avoir l’accord des moniteurs-sauveteurs de la plage et attendre 16 h. « On a environ 250 normes à respecter en plus que les parents », raconte François Belsoeur, directeur de séjours 12-15 et 15-17 ans. Mais pour les enfants, la vie en colo, c’est avant tout les rencontres et les copains. Comme à ses débuts, elle sert à se construire hors du cadre familial.

Après avoir fini ses frites et sa compote, Marie, 11 ans, s’avance vers le directeur : « Est-ce que c’est possible de déplacer la prochaine veillée ? », demande-t-elle avec de grands yeux. Ahcène refuse en souriant. « Ils ne sont plus limités par la hiérarchie. Ces petits malins viennent me voir directement maintenant pour réclamer du Nutella. »

[via ]  Louise Caledec, ouest-france.fr

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